Vincent VDH

Aourell Zawadzka

Collectif bascule

France



J'ai grandi entourée de militaires. Un cadre structuré, rigide. Rien ne laissait présager que je prendrais comme chemin de vie le cirque, cet art du risque. Pourtant, depuis l'enfance, je m'y accroche. D'abord en vagabondant de discipline en discipline, en explorant sans choisir. J'ai longtemps pratiqué le tissu aérien. J'aimais déjà la hauteur. 

Mais les remarques répétées sur mon manque de souplesse ont fini par m'atteindre. Alors j'ai abandonné le tissu mais pas le cirque. Il y a eu trois années d'école à la maison, puis une tentative de retour au collège, en section sportive gymnastique dans l'idée d'aller vers des disciplines circassiennes plus acrobatiques. Un échec. Je suis donc allé en Classe à Horaires Aménagés en Art Dramatique. Pendant trois ans, j'ai appris à habiter l'espace et à utiliser ma voix. 

Puis vient le lycée cirque de Châtellerault. Le goût de voler a pris le dessus sur le mal de terre, je me spécialise en bascule portée dès 2019. Un choix paradoxal car la bascule me terrifie. Elle implique de laisser sa tête au vestiaire, de faire confiance à ses réflexes. Elle demande aussi d'accepter la propulsion dans le vide. Je crains de perdre le contrôle. Peur d'être éjectée. Peur de me blesser. 

Au-delà de la technique, dès mon entrée à l'ENACR en septembre 2021, c'est le collectif qui m'a le plus déstabilisée. Les rouages d'un groupe me semblaient obscurs. Comment faire confiance aux autres autant qu'à soi ? Comment comprendre l'autre quand les codes semblent implicites ? Comment être un individu au sein d'un collectif ? 

J'ai persévéré malgré tout. Et puis, le plaisir a dépassé la peur. J'ai trouvé des clés pour comprendre les rouages humains implicites à la pratique. J'ai compris que progresser ne signifiait pas seulement apprendre une discipline. Cela signifiait aussi apprendre à me connaître. Observer mes réactions, accepter mes limites, faire l'effort conscient de comprendre les dynamiques humaines qui m'entourent. 

En septembre 2025, grâce au soutien de la communauté Neuro Divers je comprends peu à peu ce sentiment de décalage que je portais depuis longtemps. Ma place au sein de notre collectif encore en construction s'est affirmée. Je me suis concentrée pleinement sur ma pratique et j'ai fait des arrivées et des départs équis sur la banquine un véritable axe de travail que je compte approfondir. En parallèle nous comptons, au sein de la compagnie, continuer notre recherche autour des "tangos", "trangos"créant des variations de hauteurs et des changements de rythme afin d'élargir notre vocabulaire collectif.